1 Traduction 2001
2 Traduction 2005

 

 

Salutation à Marie
(date inconnue)

 

  1. Salut, Marie,
    notre Dame et notre Reine sainte,
    sainte mère de Dieu.
    Tu es la Vierge devenue Église.
  2. Et le Père céleste très saint
    t'a choisie et consacrée
    avec son Fils très saint et bien-aimé
    et le Saint Esprit Paraclet.

  3. En toi fut et demeure pleinement
    tout don de Dieu et tout bien.

  4. Salut, palais de Dieu !
    Salut, tente de Dieu !
    Salut, maison de Dieu !
  5. Salut, vêtement de Dieu !
    Salut, servante de Dieu !
    Salut, mère de Dieu !

  6. Et salut à vous tous, saints dons de Dieu !
    Par la force et la lumière du Saint Esprit
    vous habitez dans le cœur des fidèles.
    Ainsi vous nous faites devenir fidèles à Dieu,
    nous qui ne sommes pas fidèles.

 

Traduction: François de Ruijte, OFM
le 31 juillet 2001.

Document créé :         2001 juillet 31
Dernière mise à jour : 2001 août 10


 

 

François d'Assise
Salutation à Marie 

 

Texte

 1       Je te salue, Marie,
                  sainte Dame,
                  sainte Reine,
                  Mère de Dieu,

 2       Par le choix du très saint Père céleste
 (1e)   tu es devenue la Vierge Église
          qu'il a consacrée
                  avec son très saint Fils bien-aimé
                  et le Saint-Esprit, le Paraclet.

3       En toi étaient et sont toute plénitude de grâce et tout bien.

4       Je te salue, palais de Dieu.
         Je te salue, tente de Dieu.
         Je te salue, maison de Dieu.

5       Je te salue, vêtement de Dieu.
         Je te salue, servante de Dieu.
         Je te salue, Mère de Dieu.

 [Vertus, moyens de conversion]

 6      Et je vous salue,
         vous toutes les saintes Vertus.
         Vous êtes répandues dans les cœurs des fidèles
         par la grâce et l’illumination de l’Esprit Saint.
         pour rendre les incroyants
         croyants en Dieu.

Commentaire

1. Relations

À l’arrière-plan de cette salutation mariale se trouve l’Incarnation, par laquelle Marie est si étroitement liée à son Fils et à toute la Trinité.

Marie a aussi une relation spéciale à l’Église. Au 4e siècle, l'évêque de Milan, saint Ambroise (374-397, fête liturgique le 7 décembre), écrit que Marie est un type ou modèle de l'Église (Expositio Lucae 2,7: PL 15, 1555). Depuis, d'autres théologiens l'ont suivi sur ce point.Ensuite, on continue de donner d’autres titres nouveaux à Marie: «tabernaculum» (tente, verset 4b) et «domus Dei» (maison de Dieu, verset 4c) chez saint Anselme, archévêque de Cantorbéry et Docteur de l’Église (1033-1109) (PL 158, 1040 et 1047) dans la seconde moitié du 11e siècle; et, dans la première moitié du 12e siècle, «palatium» (palais, verset 4a) chez Pierre le Vénérable (= Pierre de Montboissier, 1092-1157, abbé de Cluny à partir de 1122) (PL 198, 976). Et ainsi nous pouvons continuer. Enfin, au 20e siècle,  le pape Paul VI  (1963-1978) a ajouté le titre «Marie, Mère de l'Église». Saint François d'Assise (1182-1226) les a dépassés tous de beaucoup.  Au premier quart du 13e siècle,  il déclare avec audace que Marie est la Vierge Église (Maria, quae es virgo ecclesia facta et electa a Patre, verset 2ab/1e). Cette expression est beaucoup plus forte et profonde que «Marie, Mère de l'Église». Saint François est vraiment unique sur ce point.

François a quelques autres expressions surprenantes. Marie est l'épouse du Saint-Esprit (sponsa Spiritus Sancti, Antienne du Psautier de François, verset 2c). François dit aussi: L'esprit du Seigneur, habitant dans ses fidèles, c'est lui qui reçoit le très saint Corps et le Sang du Seigneur (Spiritus Domini, qui habitat in fidelibus suis, ille est qui recipit sanctissimum corpus et sanguinem Domini, Admonition 1,12). Les théologiens ont ignoré jusqu'ici le théologien dans le Petit Pauvre d'Assise.

2. Observations sur le texte

Le titre original Salutatio beatae Mariae Virginis  finit par un génitif en -is, mais c’est le datif ein –i (Virgini) qui est la vraie signification des salutations DE François s'adressant À Marie, comme l'exprime notre traduction.

J’ai voulu exprimer visiblement la triple structure de ces salutations mariales de François: outre la mention des trois Personnes trinitaires  nous y trouvons plusieurs autres groupes de trois. Ainsi,

  • trois titres de Marie (verset 1bcd)
  • trois verbes (verset 2abc : facta et electa, consecravit)
  • trois Personnes divines (verset 2ade)
  • trois salutations (deux fois : versets 4 et 5)
  • trois fois le même mot : (verset 6cef: in corda fidelium, de fidelibus fideles Deo)

C’est un total de 6 groupes de trois.

3. Interprétation

J'interprète «Virgo Ecclesia» (la Vierge Église) comme la Vierge Marie étant la demeure de Dieu, la présence de la  Trinité sur terre. «Ecclesia» (Église) est comme «Palais» du verset 4a et «Tente» du verset 4b. Le mot «Tabernaculum» ne doit pas se traduire par «tabernacle», car cela fait penser à la sainte réserve eucharistique. Et il ne s'agit pas dans cette prière de l'Eucharistie mais de l'Incarnation. «Tabernaculum» réfère à la Tente  dans laquelle Dieu accompagnait le peuple élu dans le désert durant 40 années jusqu'à ce que la Tente fut remplacée par le Temple de Jérusalem (Palais).

Le mot «eius» (son) des versets 4 et 5 peut très bien se traduire par «de Dieu» (Dei) ou «de la Trinité» (Trinitatis).

Le «omnis plenitudo gratiae» (toute plénitude de grâce) peut être considéré comme le Saint-Esprit et le «omne bonum» (tout bien) comme Dieu le Père. Marie porte en elle aussi l'embnryon Jésus. Mais à lui ne s'applique pas le «fuit» (était) -- sauf pour la pensée éternelle du Père -- car Jésus a été conçu dans le temps: «Et Verbum caro factum est» (Jean 1,14). Et ainsi il a pour toujours changé l'histoire de l'humanité.

Ce n'est pas toute la Trinité qui fut incarnée, mais seulement «le Verbe a pris chair» (Jean 1,14). Par contre, le Père y fut présent car il a voulu et causé l’Incarnation, avec le consentement de son Fils éternel. Le Pèe a agi par l'Esprit Saint, qui peut être considéré comme l'époux de la Vierge Marie au sens spirituel (voir l'antienne du Psautier de François, verset 2c).

Traduction et commentaire: François de Ruijte, 2005 novembre 25 – décembre 27. (11 déc.: 3e partie du commentairee).

 

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